Par Pascal St-Denis
Histoire d’un cas.
Depuis leur enfance, Marc et Julien ont partagé le même quartier, les mêmes écoles et les mêmes rêves. À trente ans, ils ont décidé d’acheter un commerce ensemble. Leur objectif était clair, simple et presque idéaliste : réussir. Réussir pour goûter à la liberté. Réussir pour être fiers. Réussir pour prouver leur détermination. Cependant, derrière ce but commun se cachaient deux motivations très différentes.
Le désir : un mouvement simple
Ils avaient tous deux simplement le désir d’améliorer leur existence. Cependant, alors que ce désir cherchait à se concrétiser, il prit une tournure unique en chacun d’eux. Leur motivation, cette puissance intérieure qui oriente leurs aspirations, allait déterminer leur destin.
Marc : le motif de l’insécurité.
Marc vivait avec une anxiété constante, presque toujours présente. Il ne la laissait pas transparaître, mais elle imprégnait chacun de ses mouvements. L’argent, pour lui, n’était pas un symbole de succès : c’était un remède. Un moyen d’apaiser l’anxiété, de dissiper la tension intérieure, de se sentir enfin en sécurité. Son objectif suivait le premier axe : supprimer ce qu’il ne voulait plus ressentir.
Il voulait se débarrasser de l’insécurité, de la peur de manquer, de la tension intérieure. Son souhait était clair, mais sa motivation était confuse. Cette motivation envahissait son esprit, le faisant imaginer des scénarios catastrophiques, anticiper les pertes et surveiller chaque dépense. Ses émotions se renforçaient : inquiétude, agitation, épuisement.
Julien : le motif du statut
Julien, quant à lui, ne se souciait pas outre mesure. Il était ambitieux. L’argent symbolisait pour lui une position dans le monde, une forme de reconnaissance. Il désirait triompher pour être admiré, respecté et remarqué. Son motif suivait le second axe : accéder à ce qu’il voulait. Il voulait accéder à un statut. Il aspirait à une image puissante. Il rêvait d’obtenir une reconnaissance.
Son désir était clair, mais ses aspirations étaient teintées d’espoirs et d’attentes. Son esprit était rempli de projets, de croissance et de plans pour réussir rapidement. Ses émotions étaient alimentées par l’enthousiasme, l’excitation, parfois même par l’impatience.
Même but, motivations opposées
Au départ, l’entreprise était fragile et Marc, tourmenté par l’insécurité, travaillait sans relâche pour la stabiliser. Julien, découragé par la précarité, restait passif, ne pouvant pas se projeter tant que l’image ne s’améliorait pas. Cependant, lorsque l’entreprise a commencé à prospérer, les rôles se sont inversés. Marc se détendit, l’anxiété s’estompant. Julien s’employa activement, l’expansion étant désormais envisageable. C’est à ce moment-là que leurs visions divergèrent. Marc souhaitait préserver ce qu’ils avaient accompli. Julien voulait tout risquer pour continuer à se développer. Marc disait : « On doit consolider. » Julien rétorquait: « On doit avancer. » Ils pensaient aborder des questions de planification. En vérité, ils abordaient des questions de motivation.
Le point de rupture
Un soir, après une réunion animée, Marc réalisa subitement la nature de la situation. Il ne s’agissait pas d’argent ni de succès, mais plutôt de leur bien-être interne respectif. Julien cherchait une image, tandis que Marc cherchait un apaisement. Leur objectif final était le même, mais leurs motivations étaient contradictoires. Les moyens qu’ils envisageaient de mettre en œuvre s’avéraient incompatibles. Ils décidèrent donc de mettre fin à leur collaboration.
La leçon du motif
En quittant son commerce, Marc fit une découverte cruciale : ce n’était pas la situation qui l’avait épuisé, mais sa motivation. Il cherchait à éliminer son insécurité en accumulant des richesses, mais tant que son insécurité persistait, aucun succès ne pouvait la dissiper. De son côté, Julien prit conscience que son désir de prestige l’avait poussé à ignorer ses limites. Il confondait croissance et affirmation de soi.
Ils réalisèrent tous deux que le désir est une chose simple, mais que la motivation, qui est colorée par l’intention, influence la qualité des décisions, qui, à leur tour, affectent la qualité de la vie.
Conclusion
Le motif est l’influence profonde qui sous-tend nos choix. Il révèle le champ de conscience qui nous habite.
Il révèle si nous cherchons à éviter un inconfort ou à poursuivre un objectif. Il explique pourquoi deux personnes peuvent avoir les mêmes aspirations, mais prendre des chemins différents. Comprendre son motif, c’est comprendre la source de ses décisions. C’est le premier pas vers une vie plus consciente, plus juste, plus alignée.
Analyse du cas : deux désirs, deux motifs, deux destins
L’histoire de Marc et Julien illustre parfaitement la mécanique centrale de l’article :
le désir est simple, mais le motif qui l’anime transforme entièrement la trajectoire.
Les deux hommes partageaient le même désir — réussir leur commerce — mais ce désir s’est incarné différemment selon leur état intérieur.
🔹 Marc : un désir coloré par l’insécurité
Son motif était de supprimer une tension intérieure.
Il voulait se libérer d’un inconfort, pas créer quelque chose.
Son scénario mental était donc orienté vers la prudence, la protection, la stabilisation.
Même lorsque l’entreprise allait bien, son motif restait teinté par la peur de perdre.
🔹 Julien : un désir coloré par l’image
Son motif était d’accéder à une reconnaissance.
Il voulait être vu, admiré, confirmé.
Son scénario mental était orienté vers l’expansion, la croissance, la visibilité.
Même lorsque l’entreprise était fragile, son motif restait tourné vers l’ambition.
🔹 Même désir, lignes d’activité opposées
Ce n’est pas leur objectif qui les a divisés, mais la matière intérieure qui animait leur mouvement.
Leur collaboration s’est brisée non pas sur une question de stratégie, mais sur une question de motif.
🔹 La leçon essentielle
Tant que le motif est troublé, la ligne d’activité l’est aussi.
Tant que le motif est confus, les décisions le deviennent.
Et tant que le motif n’est pas clarifié, aucune réussite extérieure ne peut apaiser l’intérieur.
L’histoire de Marc et Julien montre que ce n’est jamais l’objectif qui crée la division, mais la motivation qui le porte.