Les étapes de l’émotion (article 8)

 Revenons à notre définition de l’émotion qui est (un épisode dans le déploiement de nos tendances en présence d’un événement) et essayons de déterminer les différentes étapes qui entrent en jeu lors du déploiement de nos tendances. Lorsque le processus est en marche, tout se passe si vite que nous ne les voyons pas. Dans l’esprit humain, le processus émotif est tellement soudé en une unité que les différentes étapes qui le composent sont difficiles à saisir. Pour y arriver, il faut, si l’on peut dire ainsi, autopsier la bête, identifier chacune des phases du processus et établir le rôle de chacune d’elles. En prenant le temps d’analyser calmement le contexte émotif, trois facteurs fondamentaux apparaissent clairement. Il y a :

  1. L’événement où se déroule l’action,
  2. les sensations de malaise ou d’excitation que certaines circonstances nous amènent à ressentir et qui engendrent des désirs de nature répulsive ou attractive,
  3. l’intellect, assujetti aux désirs, qui prend ces derniers à sa charge pour ensuite en définir le mode exutoire.

L’émotion est.

Dans cet article, je vais développer le premier facteur.

 L’événement où se déroule l’action. Notre champ d’expériences est rempli de contextes, de situations diverses et d’événements qui font continuellement appel au « déploiement de nos tendances ». Un mot, un geste, une parole suffisent souvent à déclencher une émotion. Des éléments qui n’ont nullement besoin d’être réels, ou de faire partie du moment présent, car ils peuvent très bien se frayer un chemin par la mémoire et l’anticipation. Si l’on désire vraiment aborder notre monde émotif du point de vue de l’évolution de l’être, il faut accepter l’idée du caractère unique de l’événement. Bien qu’un événement suppose mille et une interprétations, il demeure le même pour tout le monde. Étant donné que chacun l’interprète à sa manière, la nature des réactions qu’il suscite est conforme à la réalité de chacun, et ce, même si un large éventail de personnes possède souvent une approche de la réalité qui est très similaire.

Voici un simple exemple qui démontre qu’un événement vécu par différentes personnes soulève des réactions diverses. Je me souviens, lors d’un souper chez des amis, d’une discussion où trois jeunes gens faisaient part de leur état d’âme sur le divorce de leurs parents. Il s’agissait d’une adolescente de 16 ans et de deux jeunes adultes de 21 et 23 ans. Je peux résumer leurs allégations de la manière suivante : la plus jeune cherchait à démontrer l’égoïsme du père qui n’avait pas le droit d’agir ainsi envers sa famille, et ce, même si elle était d’accord avec le fait que rien n’allait plus. Le jeune adulte de 21 ans allait dans un sens tout à fait différent. Selon ses dires, ses parents étaient libres d’agir comme ils l’entendent. Après tout, c’est leur vie. Tout le monde doit être libre de faire ce qu’ils veulent. Les propos tenus par la plus âgée des trois, bien que très nuancés, visaient à démontrer le peu d’effort de la mère pour rendre son mari heureux. Selon elle, il était de la responsabilité de la mère de tout faire pour rendre son mari heureux et garder l’harmonie dans la famille.

Que dire de ces allégations sinon qu’une même situation éveille en chacun des choses différentes? Soumettons quelques hypothèses qui pourraient expliquer les diverses réactions. Chez la première, c’est peut-être un fort sentiment d’insécurité qui la porte à adopter des principes prônant la responsabilité et le sacrifice à tout prix? Pour ce qui est du garçon, se pourrait-il qu’un grand désir d’indépendance et de liberté influence sa vision de la situation? Le choix que les parents ont fait semble augmenter son pouvoir de faire ses propres choix. En ce qui concerne la plus vieille, tout porte à croire qu’un puissant sentiment de culpabilité se transforme en un sens des responsabilités qu’elle reporte sur la mère. Ces causes possibles n’ont pas fait l’objet d’investigations, elles servent simplement d’exemples pour démontrer que toute réaction prend vie dans les profondeurs de l’être. C’est là que le réel travail émotionnel commence. C’est en s’interrogeant sur le déploiement de nos propres tendances (réactions) qu’on arrive à identifier ce qui déclenche nos émotions.

Nous évaluons les événements à partir de ce que nous sommes et non selon des normes préétablies. Les normes préétablies ou, si vous aimez mieux, les principes que nous adoptons arrivent plus tard dans le processus et servent à habiller l’émotion. Nous y reviendrons. Cherchons donc à comprendre le processus émotionnel à travers ce que nous sommes et cessons une fois pour toutes d’accuser les événements et ceux qui en font partie pour expliquer nos états d’âme émotifs.

J’admets que c’est difficile à faire. Nos croyances, nos réactions réflexes ne vont pas en ce sens. Il est tout à fait naturel de croire que c’est l’action, la pensée émise ou le geste posé par ceux qui nous entourent qui sont directement responsables de nos réactions, mais tel n’est pas le cas lorsque nous adoptons une vision évolutive du sujet. La définition de l’émotion que je privilégie met en relief le fait que tout part de nous-mêmes, et ce, malgré le fait que tout laisse croire que les événements extérieurs sont directement responsables des émotions déployées. Pour pouvoir aller de l’avant, acceptons cette première étape comme une hypothèse de travail.

Résumé du premier facteur

Le champ d’action dans lequel se déroule notre vie nous incite continuellement à réagir, mais n’indique aucune réaction prédéfinie. Nos réactions nous appartiennent.     

Pascal St-Denis

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