Par Pascal St-Denis
Dans le langage psychologique actuel, l’anxiété est étudiée sous plusieurs formes : anxiété sociale, anxiété généralisée, phobies, troubles paniques, etc. Ces approches sont précieuses. Elles permettent de mieux comprendre des manifestations claires, identifiables, parfois très envahissantes, et d’offrir des outils concrets pour les apaiser.
L’approche que je propose ici ne s’inscrit pas dans ce cadre. Elle ne concerne ni le diagnostic, ni le traitement clinique, ni la prise en charge thérapeutique. Elle s’adresse à un autre plan : celui de la démarche évolutive, de la prise de conscience, du travail intérieur.
Car au‑delà des formes d’anxiété reconnues et étudiées, il en existe une autre, beaucoup plus discrète, beaucoup plus ancienne, et largement méconnue. Une forme que la majorité des gens vivent, souvent depuis toujours, sans jamais la nommer.
Elle ne fait pas peur. Elle ne paralyse pas. Elle ne s’impose pas. Elle se manifeste comme une tension de fond, un malaise diffus, une vibration intérieure qui accompagne l’être dans toutes ses actions.
C’est ce que j’appelle l’anxiété sourde.
Pour comprendre cette tension, il est utile de distinguer deux types d’acquis sur lesquels nous développons notre identité: les acquis de vie et les acquis de souche.
Les acquis de vie sont le produit de l’existence actuelle. Ils se forment au fil des expériences, de l’éducation, des relations, des événements qui nous ont marqués. Ils façonnent notre identité, influencent nos réactions, orientent nos choix. Ces acquis sont visibles, racontables, compréhensibles. Ils appartiennent à notre histoire, à notre mémoire.
Mais au‑delà de ces éléments connus, il existe un autre niveau d’acquis, plus profond, plus ancien, et souvent totalement ignoré. Ce sont les acquis de souche.
Les acquis de souche ne viennent pas de cette vie. Ils se rattachent au développement de notre individualité qui se développent vie après vie. Ce ne sont pas des souvenirs, ni des événements, ni des blessures au sens habituel du terme. Ce sont des tendances profondes, des colorations intérieures, qui font de nous des êtres distincts. Cela peut expliquer, par exemple, les raisons pour lesquelles deux enfants de la même famille se développent avec des personnalités très différentes.
Parce qu’ils n’ont pas été vécus dans cette vie, ces acquis n’ont pas de mots. Ils n’ont pas de contexte. Ils n’ont pas d’explication. Ils sont simplement là, comme une vibration ancienne qui cherche à être reconnue. Et tant qu’ils ne le sont pas, ils créent une tension permanente : une anxiété sourde.
Une tension que la majorité porte sans le savoir
Je dirais que nous possédons tous un acquis de souche sans jamais en avoir conscience. Cet acquis peut être positif comme un talent inné pour la musique par exemple ou un malaise, une énergie trouble tel un sentiment de rejet par exemple. Personne ne dit : « Il y a quelque chose en moi qui réagit. » Nous affirmons simplement : « Je suis comme ça. »
Cette tension devient une manière de respirer, de se protéger, d’entrer en relation, d’anticiper le monde. Elle accompagne l’être dans toutes ses actions, sans jamais être identifiée comme une anxiété. C’est pour cela que cette forme d’anxiété ne mène presque jamais à une consultation. Elle ne se reconnaît pas.
Parmi les acquis de souche les plus répandus et qui habite un malaise, il y a la sensibilité au rejet. Elle ne vient pas nécessairement d’un événement de cette vie. Elle peut être une empreinte ancienne, une coloration intérieure qui précède l’histoire personnelle. Un simple événement, souvent anodin qui agit comme élément déclencheur au cours de notre vie suffit à réveiller cette vibration qui s’immisce dans la vie de la personne.
Un exemple très répandu : la sensibilité au rejet
Elle se manifeste par une retenue dans les relations, une peur subtile de déranger, une difficulté à se sentir pleinement accueilli. La personne croit que c’est son tempérament. Mais en réalité, c’est une empreinte vibratoire qui agit en silence.
Et cette empreinte crée une tension sourde, une anxiété diffuse, un malaise intérieur qui semble venir de nulle part.
Même reconnue, l’empreinte reste active
Reconnaître un acquis de souche est un premier pas essentiel. Mais cette reconnaissance ne suffit pas à le dissoudre. L’empreinte est vibratoire. Elle est ancienne. Elle est ancrée. Elle revient naturellement, comme un réflexe intérieur. Elle se manifeste dans les mêmes situations, les mêmes dynamiques, les mêmes relations. Ce n’est pas un échec. C’est la nature même d’une empreinte profonde.
Un travail de vigilance, de persistance et de disponibilité intérieure
Pour transformer un acquis de souche, trois qualités sont nécessaires.
La vigilance, d’abord : une présence douce qui permet de reconnaître les moments où l’empreinte se manifeste.
La persistance, ensuite : car l’empreinte revient, encore et encore. Chaque retour est une occasion de la voir. Chaque reconnaissance l’affaiblit si on s’y oppose
Et surtout, la disponibilité intérieure : être réellement prêt à la laisser partir. Beaucoup reconnaissent leur empreinte, mais ne sont pas prêts à vivre sans elle. Parce qu’elle structure leur identité, leur manière de se protéger, leur rapport au monde.
Conclusion
L’anxiété sourde issue d’un acquis de souche n’est pas un trouble. Ce n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas un défaut. C’est une empreinte ancienne qui cherche à être reconnue. Et la voie qui s’ouvre devant elle n’est pas celle du traitement, mais celle du cheminement évolutif : voir, sentir, accueillir, encore et encore, jusqu’à ce que la vibration se défasse, couche après couche.
Ce travail ne se fait pas en cabinet. Il se fait dans la vie, au fil des situations qui réveillent l’empreinte et offrent l’occasion de la libérer.
Bravo, cette façon de voir les choses réactive notre conscience. Merci.
Merci pour ces mots éclairants.