Troisième facteur de l’émotion (article 11 partie 1)

La sensibilité n’est pas l’émotion, mais lorsque nous faisons intervenir la pensée, cela produit l’émotion.

Ce dernier facteur concerne l’intervention de l’intellect qui, sous l’influence de nos désirs, s’approprie les sensations, en complète l’identification et en organise l’extériorisation. Deux étapes qui se juxtaposent et qui constituent la phase finale du processus émotif.

 Prenons le temps de comprendre les raisons qui font de l’intellect le facteur qui permet à la sensation d’éclore et de devenir une émotion. Le rôle de l’intellect est de concevoir et de comprendre. Il est la faculté qui reçoit les impressions venant de notre environnement pour ensuite les conceptualiser par la connaissance acquise. L’intellect gère une connaissance qui vient de l’activité des 5 sens et qui peut être classée, analysé et défini par l’être humain. C’est ce que nous éprouvons comme certitude et que nous pouvons vérifier par l’expérience.

Bien que l’homme développe son intellect de plus en plus rapidement, il faut réaliser que la qualité de ce dernier est toujours sous la tutelle de son monde de désirs. Le développement du discernement, qui est l’une des caractéristiques majeures de l’intellect est donc sous l’influence d’un désir qui s’impose (désir attractif ou répulsif). Cela explique les raisons pour lesquelles nous répondons plus facilement à ce qui est désirable qu’à ce qui est raisonnable, et ce, à divers degrés d’intensité. Par exemple, même si nous savons beaucoup de choses sur la manière de vivre sainement, il est difficile de nier que notre monde de désir nous pousse continuellement à enfreindre les règles à suivre. Ce mélange de pensées et de désir provoque une distorsion de notre filtre mental et par le fait même, de l’incohérence.

On peut se demander de quelle manière l’intellect intervient lorsqu’il s’approprie la sensation. Nous venons de voir qu’il gère les impressions venant de l’extérieur et que l’un de ses rôles est de comprendre et de concevoir des associations. Il y arrive par la discrimination, le raisonnement et le discernement. Ce qui importe, c’est de comprendre que nous soumettons ces impressions aux principes[1] et aux valeurs que nous véhiculons. Un principe est une proposition qui sert de raisonnement afin de définir une ligne de conduite à adopter. La valeur n’est rien d’autre que le degré d’importance que nous accordons au principe. Nous pouvons comparer le principe au tronc d’un arbre alors que les valeurs en sont les branches. Ainsi, deux personnes peuvent se rallier au même principe environnemental tout en ayant un degré d’adhésion tout à fait différent. L’adhésion de l’un peut n’être que la reconnaissance d’une règle à suivre alors que pour l’autre, elle le conduira à une implication massive contre le non-respect de cette même règle.

Lorsqu’un événement produit des sensations désagréables, il s’ensuit inévitablement le désir de faire taire ces sensations et de se défaire du malaise qui les accompagne. Le premier réflexe est d’identifier ce qui a déclenché le malaise (identification). Puis, en faisant intervenir principes et valeurs, nous donnons au malaise une forme logique d’extériorisation en mesure d’être reconnue et acceptée par ceux qui nous entourent.

À partir des années 1950, de nombreuses recherches ont été menées sur l’effet de l’extériorisation de la colère. Citons l’expérience classique de Shahbaz Mallick et Boyd McCandless[2].

Les psychologues s’organisent pour qu’un enfant de 9 ans, à qui ils ont préalablement appris comment se montrer exaspérant, vienne interrompre désagréablement une activité très motivante d’un autre enfant du même âge et de même sexe. Immédiatement après cet incident, ils placent l’enfant-victime dans l’une des trois conditions suivantes :

  • il est invité à jouer de façon agressive en tirant au fusil (jouet) sur des cibles,
  • il est incité à exprimer verbalement son irritation à un adulte compatissant,
  • un adulte lui explique que l’enfant irritant est malheureusement perturbé et n’est pas responsable de ses actes.

Remis ensuite en présence de l’enfant perturbateur, les enfants qui ont expérimenté les deux premières conditions se sont montrés ouvertement hostiles, tandis que ceux qui ont été soumis à la dernière condition n’ont guère manifesté d’agressivité. Cette recherche, menée avec 84 garçons et 84 filles, montre que l’évolution de l’irritation ou de la colère dépend étroitement de l’interprétation de la frustration qui a provoqué ces états affectifs élémentaires. Les enfants qui ont parlé de leur mécontentement et ceux qui se sont « défoulés » symboliquement n’ont pas « évacué » leur émotion. Ceux qui ont été soumis à la dernière condition ont fait disparaître la colère parce qu’ils ont donné un nouveau sens à l’événement.

À suivre.

Pascal St-Denis

[1] Principes principalement classés comme : raciaux, moraux, religieux, sociaux, familiaux et personnels.

[2] S. Mallick & B. McCandless, « A study of catharsis of aggression », Journal of Personality and Social Psychology, 1966, 4 : 591-96

 

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