Nettoyer son mental

Par Pascal St-Denis

Combien de fois avons-nous entendu qu’il faudrait apprendre à contrôler nos pensées, à faire le vide ou à chasser les idées négatives de notre esprit ?

Pour plusieurs, nettoyer son mental consiste à lutter contre un flot incessant de pensées qui semblent apparaître spontanément. Pourtant, après quelque temps, les mêmes inquiétudes reviennent, les mêmes jugements se répètent et les mêmes conflits réapparaissent sous des formes différentes.

Et si le problème ne venait pas du mental lui-même ?

Le mental est souvent comparé à un outil de réflexion, d’analyse et de compréhension. Nous aimons croire qu’il observe objectivement le monde et qu’il formule ensuite des conclusions rationnelles. Pourtant, lorsqu’on s’observe attentivement, on découvre que nos pensées sont rarement aussi neutres qu’elles le paraissent.

Pourquoi deux personnes intelligentes peuvent-elles assister au même événement et en arriver à des conclusions complètement opposées ? Pourquoi certains voient une menace là où d’autres voient une occasion ? Pourquoi une même parole peut-elle laisser une personne indifférente alors qu’elle bouleversera profondément une autre ? La réponse ne se trouve peut-être pas dans l’intellect lui-même, mais dans ce qui l’alimente.

Nos pensées sont constamment influencées par nos désirs, nos peurs, nos attachements, nos blessures, nos espoirs et nos besoins. Ces forces intérieures colorent notre interprétation du réel avant même que nous en soyons conscients. Le mental devient alors le traducteur de ce qui cherche à s’exprimer à travers nous.

Ainsi, lorsqu’une personne éprouve un fort besoin de reconnaissance, son intellect peut passer beaucoup de temps à interpréter les regards, les paroles ou les comportements des autres. Une personne dominée par la peur percevra partout des dangers potentiels. Une autre, animée par l’ambition, remarquera surtout les occasions qui permettent d’avancer.

Dans chacun de ces cas, le mental travaille activement. Il analyse, compare, justifie et construit des raisonnements. Pourtant, derrière cette activité intellectuelle se trouvent déjà des forces qui orientent la pensée dans une direction particulière. Nous croyons souvent être les auteurs de nos pensées alors que nous n’en sommes parfois que les observateurs.

Cela pourrait expliquer pourquoi l’humanité produit une telle diversité d’opinions, de croyances et d’idéologies. Les faits observés sont souvent les mêmes, mais les filtres utilisés pour les interpréter diffèrent d’un individu à l’autre. Chacun regarde le monde à travers ses propres énergies. Nettoyer son mental ne consisterait donc pas à combattre les pensées une à une. Ce serait plutôt apprendre à reconnaître les influences qui les nourrissent.

Lorsqu’une pensée revient sans cesse, il peut être utile de se demander : qu’est-ce qui lui donne sa force ? Est-ce une peur ? Un désir ? Une blessure ancienne ? Un attachement ? Un besoin de contrôle ? Un besoin de sécurité ? Bien souvent, nous tentons de modifier les effets sans comprendre les causes.

Plus nous devenons conscients des énergies qui animent notre vie intérieure, plus notre pensée gagne en clarté. Certaines réactions perdent leur intensité. Certaines inquiétudes cessent d’occuper tout l’espace. Certaines opinions que nous croyions définitives deviennent plus souples. Peu à peu, le mental cesse d’être le serviteur de nos impulsions pour devenir un instrument de discernement.

Peut-être est-ce là le véritable nettoyage du mental. Non pas l’absence de pensées. Mais la capacité de penser avec de moins en moins de distorsions produites par nos peurs, nos désirs et nos attachements.

Car lorsque ce qui nous habite devient plus harmonieux, notre manière de penser tend naturellement à le devenir elle aussi.

Et comme le dit un ancien adage : tel un homme pense, tel il est. Peut-être faudrait-il ajouter aujourd’hui : tel un homme est intérieurement, telles seront aussi ses pensées. Nettoyer son mental ne consiste donc pas à combattre les pensées une à une. Ce serait plutôt apprendre à reconnaître les influences qui les nourrissent.

Une autre question peut alors devenir un puissant outil de discernement :

Où cette pensée me conduit-elle ?

Me conduit-elle vers davantage de compréhension ou vers davantage de conflit ? Vers l’amour ou vers le rejet ? Vers la vérité ou vers le mensonge ? Vers l’union ou vers la séparation ? Vers la paix intérieure ou vers l’agitation permanente ?

Une pensée peut sembler parfaitement logique tout en nous enfermant dans la peur, le ressentiment ou la méfiance. À l’inverse, une autre pensée peut favoriser l’ouverture, la compréhension et la recherche d’une solution constructive.

Le discernement est précisément cette capacité de percevoir la qualité des influences qui traversent notre mental et d’en faire une sélection plus consciente. Il ne consiste pas seulement à déterminer si une pensée est vraie ou fausse. Il consiste également à reconnaître la direction dans laquelle elle nous entraîne et les conséquences qu’elle produira dans notre vie.

Laisser un commentaire