Par Pascal St-Denis
Tout le monde comprend intuitivement l’importance de l’équilibre. Nous le recherchons dans notre santé, nos émotions, nos pensées, nos relations et dans la manière même dont nous conduisons notre vie. Lorsqu’il est suffisamment présent, l’action devient plus facile. Lorsqu’il se fragilise, une part grandissante de notre énergie doit être consacrée à le rétablir.
Mais l’équilibre n’est peut-être pas un état stable que nous atteignons un jour pour ensuite le conserver. L’être humain est constamment en mouvement. Son corps change, ses émotions fluctuent, sa pensée se transforme et sa conscience s’ouvre progressivement à des expériences plus vastes. Son équilibre doit donc évoluer avec lui.
Dans une perspective évolutive, je proposerais de voir l’équilibre comme une recherche continuelle de justes relations entre les différentes forces qui agissent en nous. J’utiliserai l’expression résonance juste pour désigner la manifestation de ce qu’il y a de plus juste en chacun, selon son degré actuel d’évolution.
Cette résonance ne peut cependant être définitivement acquise. À mesure que la conscience évolue, ce qui demande à se manifester évolue également. L’être humain en mouvement doit donc continuellement ajuster les forces en présence pour retrouver l’équilibre correspondant à ce qu’il est devenu.
Manifestation et impression
Pour comprendre ce mouvement, imaginons une planche reposant sur un chevalet. À gauche se trouve le poids de la manifestation, c’est-à-dire ce que l’être manifeste dans sa vie à travers l’ensemble de ce qu’il est devenu. À droite se trouve le contrepoids de l’impression, c’est-à-dire ce qui vient nourrir, influencer ou orienter sa conscience.
Le chevalet représente le point d’équilibre. Il ne se déplace pas. Ce sont le poids et le contrepoids qui doivent continuellement s’ajuster pour maintenir la planche en équilibre.
Cette image permet de comprendre pourquoi l’équilibre humain est nécessairement dynamique. Chaque nouvelle expérience modifie les forces en présence. Une nouvelle capacité apparaît, une émotion gagne en intensité, une pensée nouvelle se construit ou une impression plus profonde devient perceptible. L’équilibre doit alors être retrouvé.
La résonance juste ne consiste donc pas à reproduire mécaniquement ce qui nous impressionne. Elle consiste à parvenir à manifester ce qu’il y a de plus juste en nous à partir de ce que notre conscience est actuellement capable d’intégrer.
Lorsque l’environnement fournit le contrepoids
Aux premières étapes du développement, l’être manifeste déjà beaucoup à travers son corps et son monde émotionnel, mais son monde intérieur ne fournit pas encore un contrepoids suffisant du côté de l’impression. L’environnement joue alors un rôle considérable.
La famille, le groupe, les règles, les réactions des autres et les différentes conditions de vie fournissent les impressions qui permettent à l’être de s’ajuster. Il apprend progressivement ce qui est permis, ce qui est valorisé, ce qui provoque une réaction et ce qui lui permet de trouver sa place.
Un certain équilibre s’établit ainsi.
Cet équilibre est nécessaire, mais il possède une limite. Lorsque l’environnement fournit une grande partie du contrepoids, la personne peut devenir très dépendante de ce qui vient de l’extérieur pour maintenir sa stabilité. Elle peut se retenir, modifier son comportement, taire certaines perceptions ou adopter les valeurs de son milieu afin de préserver une stabilité familiale, sociale ou relationnelle.
Nous pouvons alors obtenir un équilibre horizontal au détriment de l’équilibre vertical.
Horizontalement, une forme d’équilibre existe avec notre environnement. Verticalement, les différents niveaux de notre être ne sont pas encore suffisamment intégrés pour participer pleinement à la recherche d’une résonance plus intérieure.
Une personne peut donc sembler équilibrée dans son milieu tout en ressentant progressivement un désaccord en elle-même.
Lorsque le mental ajoute son propre poids
Avec le développement du mental intellectuel, la situation commence à changer. L’être humain ne fait plus seulement que recevoir les impressions de son environnement et y réagir. Il apprend à les organiser, à les comparer, à les interpréter et à construire ses propres systèmes de pensée. Le soi personnel prend davantage de consistance.
Cependant, le mental ne devient pas soudainement indépendant de son environnement. Sa pensée se nourrit encore largement de la famille, de l’éducation, de la culture, de la religion, de la société, des connaissances acquises et de ses expériences.
Le monde de l’impression s’enrichit donc d’une nouvelle dimension, tandis que l’environnement continue de fournir une partie du contrepoids nécessaire à l’équilibre.
Cette étape permet au soi personnel de développer ses capacités, son autonomie, ses valeurs et son pouvoir d’action. Mais cet équilibre possède également sa limite. Avec le temps, les systèmes de pensée que nous avons construits peuvent se rigidifier. Nos convictions et nos identifications peuvent finir par filtrer ce que nous acceptons de recevoir.
Ce qui nous a permis de nous construire peut alors devenir ce que nous devons progressivement apprendre à dépasser.
Lorsque l’âme participe davantage à l’impression
Dans l’hypothèse de la psychologie ésotérique, une autre transformation devient progressivement possible. L’être humain commence à percevoir une impression qui ne provient plus seulement de l’environnement ou des constructions du soi personnel.
L’âme participe progressivement au monde de l’impression.
Cela ne signifie pas que le soi personnel doit disparaître. Le corps, la sensibilité émotionnelle et le mental demeurent nécessaires. Tout ce qui a été acquis conserve sa valeur. Mais ces composantes doivent progressivement apprendre à travailler ensemble afin que la personnalité puisse manifester une réalité intérieure plus vaste.
L’équilibre vertical prend alors une nouvelle dimension.
L’enjeu n’est plus uniquement de maintenir notre adaptation avec l’environnement ou de préserver la cohérence de notre vision personnelle. Il devient progressivement possible de rechercher une résonance entre ce que l’âme imprime et ce que la personnalité est capable d’en manifester.
Ainsi, la résonance juste évolue avec la conscience. Ce qui était juste à une étape n’était pas nécessairement faux. Cela correspondait simplement à ce que l’être était alors capable d’intégrer et de manifester. L’équilibre révèle ce qui reste à intégrer.
Cette évolution permet de comprendre autrement nos déséquilibres.
Une qualité déjà intégrée nous permet de répondre avec justesse à certaines expériences. Mais lorsqu’une expérience nouvelle exige davantage, elle peut révéler la limite de cette intégration.
Prenons une situation simple. Une personne peut parvenir à manifester son équilibre tant qu’elle échange avec des gens qui partagent l’essentiel de ses valeurs. Lorsqu’elle rencontre une pensée profondément différente, elle peut soudainement se fermer ou réagir avec excès.
Son équilibre précédent n’était pas faux. Il correspondait à un certain champ d’expérience. La nouvelle situation révèle simplement une partie de la qualité qui demande encore à être intégrée. Ce qui était un point d’arrivée devient alors un nouveau point de départ.
Le déséquilibre n’est donc pas nécessairement une régression. Mais il n’est pas non plus automatiquement une preuve d’évolution. Il signale quelque chose qui demande à être regardé : une relation entre les forces en présence doit être réajustée afin qu’une nouvelle résonance juste puisse apparaître.
Une qualité au centre de l’évolution
L’équilibre est la première des cinq grandes qualités que je propose de placer au centre du processus évolutif : l’équilibre, la quiétude émotionnelle, le discernement, le détachement et l’amour.
Ces cinq qualités ne seraient pas des compartiments indépendants. Elles formeraient une synthèse et évolueraient ensemble. Davantage de quiétude peut soutenir l’équilibre. Un meilleur discernement peut nous permettre de reconnaître plus justement les forces en présence. Le détachement peut diminuer l’emprise de certaines réactions ou identifications. L’amour peut élargir progressivement le champ dans lequel notre équilibre doit pouvoir se maintenir.
Inversement, davantage d’équilibre peut permettre aux autres qualités de mieux se manifester.
Dans cette hypothèse, les cinq grandes qualités accompagneraient donc l’évolution de la conscience, vie après vie, en tendant progressivement vers leur plein potentiel.
Nous ne cherchons pas un équilibre définitif qui arrêterait enfin le mouvement. Nous cherchons une résonance toujours plus juste.
À mesure que l’être évolue, le poids de sa manifestation se transforme, le contrepoids de ses impressions s’enrichit et une nouvelle relation doit continuellement se construire entre les deux.
L’équilibre serait ainsi la capacité de manifester, à chaque étape du chemin, ce qu’il y a de plus juste en nous, puis de réajuster cette manifestation lorsque la conscience s’ouvre à une expérience plus vaste.