Par Pascal St-Denis
L’histoire d’un cas
Depuis son enfance, Élise a toujours ressenti un profond attrait pour le dessin. Pour elle, ce geste simple — tracer une ligne, suivre une forme, laisser une couleur apparaître — procure une sensation de justesse. C’était un mouvement instinctif, sans effort ni attente. Un désir profond : créer. Ce désir ne suscitait aucune émotion particulière. Il était fluide et apaisant, comme une respiration intérieure.
Le désir profond
Chaque fois qu’elle saisissait un crayon, une partie d’elle-même s’ouvrait. Elle ne cherchait rien d’autre que l’expression de son être intérieur. Elle n’avait pas besoin de reconnaissance, de performance ou de résultat. Elle suivait simplement un mouvement intérieur qui voulait juste exister. Cependant, un jour, elle décida de s’inscrire à un concours artistique, non pas pour gagner, mais pour se surpasser. Son désir profond de créer restait inchangé. C’est lorsqu’elle rencontra le monde réel que tout a changé.
Le désir contrarié
Dans l’atelier, devant la toile blanche immaculée, Élise ressentit une tension nouvelle. Son désir de créer était toujours présent, mais un facteur extérieur vint s’y opposer : le regard des autres. Elle brûlait d’envie de s’exprimer, mais elle aspirait également à être approuvée. Cette tension perturba son flot naturel. Les incertitudes émergèrent : « Et si ce n’est pas assez bon ? Et si les autres sont meilleurs ? Et si je n’ai rien à présenter? »
Cela n’avait pas encore atteint le stade d’une véritable blessure. C’était la première égratignure entre son élan interne et la réalité de la situation. L’émotion émergea : une pointe d’insatisfaction, une inquiétude vague. Le désir cherchait une satisfaction qu’il n’avait pas encore trouvée. Le lendemain, Élise retourna à l’atelier, mais cette tension persistante la ramena à son enfance. Elle se souvint de montrer un dessin à son père et d’entendre : « C’est bien… mais tu peux faire mieux. » Cette phrase ordinaire avait laissé une empreinte derrière elle.
Le désir de créer s’est mêlé à un désir plus fragile : être reconnue, être vue, être validée. L’émotion devint plus profonde : crainte de décevoir, agitation, rage contenue. Insatisfaite de ce qu’elle peignait, Élise quitta l’atelier.
Pendant des années, elle se sentait incapable de mesurer à la hauteur de ses toiles. Elle peignait chez elle, entassant ses œuvres dans un coin hors de vue. Finalement, elle rencontra quelqu’un qui l’aida à se retrouver elle-même, à dissiper cette tension qui l’empêchait d’agir. Lentement, quelque chose se mit en mouvement et elle prit conscience que son véritable désir n’avait jamais été de plaire, de prouver ou de réussir. Il avait toujours eu le désir de créer. Le temps faisant son œuvre, la tension disparut. Elle se mit alors à peindre des toiles d’une grande beauté.
Ce jour‑là, Élise réalisa que l’équilibre émotionnel ne découle pas du contrôle, de la domination ou du mutisme imposé aux sentiments. Il émane plutôt de la nature profonde du désir qui les sous-tend.
Conclusion
L’équilibre émotionnel est une relation entre deux entités : ce qui souhaite s’épanouir en nous et ce que le monde réel nous offre. Lorsque cette harmonie est préservée, notre dynamique intérieure s’écoule naturellement. En revanche, si nous négligeons cette relation, notre être se fragilise. Élise n’avait pas “géré” ses émotions. Elle avait plutôt haussé la qualité de son désir. Et c’est ainsi que la tranquillité avait commencé à s’installer.