Par Pascal St-Denis
Nous atteignons un tournant décisif. Le monde actuel ne manque pas d’avertissements ni de signes avant-coureurs. Les organisations internationales, les experts de l’information, les mouvements citoyens et les observateurs de ce monde s’accordent tous pour dire que le modèle actuel n’est plus viable. Il divise, il exclut, il perturbe. Pourtant, en dépit des signaux d’alarme, la voie qui mène au chaos se poursuit.
Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que le changement ne dépend pas seulement des structures qui régissent nos vies, il dépend de notre vision de la vie. Il dépend de notre capacité à générer une identité collective, une « NOUS » vibrant, capable d’affronter notre « JE » égocentrique, et de construire ensemble un monde viable.
Un monde en tension
Les crises ne sont plus des événements isolés. Elles s’entrelacent, s’amplifient, et prennent une dimension mondiale. Le climat, l’économie, la politique et la vie sociétale sont tous en proie à un déséquilibre profond.
- Le climat se dérègle : incendies, inondations, sécheresses, migrations forcées. Le vivant nous rappelle ses limites, et nous confronte à notre propre vulnérabilité.
- Les inégalités s’aggravent : précarité, isolement, exclusion, concentration des richesses. Des millions de personnes vivent sans sécurité, sans reconnaissance, sans que leurs besoins fondamentaux soient pris en compte. L’humain devient un produit à valeur variable, soumis aux logiques du marché.
- Les systèmes politiques s’essoufflent : polarisation, corruption, perte de légitimité. Le pouvoir semble déconnecté du réel, et les oppositions idéologiques détruisent le potentiel de coopération intelligente. La gouvernance devient spectacle, et la confiance s’effondre.
- L’économie s’enferme dans une logique unique : croissance, croissance, toujours croissance. Les nations ne se maintiennent que par la production, et cette production exige une consommation constante. Ainsi, pour produire, il faut consommer. Et pour consommer, il faut créer artificiellement des besoins. Dès qu’un individu ne peut plus consommer, il freine la production. Si la production ralentit, la richesse diminue. Si la richesse diminue, le pays entre en difficulté. C’est cette mécanique qui engendre les crises économiques à répétition — un système qui tourne sur lui-même, sans finalité humaine.
- La quête de sens s’intensifie : fatigue existentielle, troubles mentaux, perte de repères, manque de lien et de vérité. Beaucoup cherchent un sens à leur vie dans un monde qui semble avoir perdu le sien.
- Les dirigeants, face à ces bouleversements, s’accrochent aux recettes du passé, espérant y trouver des remèdes à des maux inédits. Mais les solutions d’hier ne peuvent guérir les fractures d’aujourd’hui.
Ceux qui s’attendent à une crise temporaire seront déçus. Ce que nous vivons n’est pas une parenthèse, mais une transformation majeure de notre société.
Le piège identitaire du nationalisme
Parmi les causes profondes du déséquilibre, le nationalisme occupe une place centrale. Il prétend protéger, mais il divise. Il prétend unir, mais il exclut. Il érige des frontières dans les esprits, fige les identités, et empêche l’émergence de relations justes entre les êtres humains.
Les dirigeants dissimulent l’être humain derrière les grands principes : nation, patrie, honneur. Ils invoquent le patriotisme pour justifier l’exclusion, la domination, et parfois même la guerre. Au nom de ces abstractions, des millions d’êtres humains ont été envoyés mourir sur les champs de bataille, sacrifiés pour des causes qu’ils n’ont pas choisies, pour des objectifs qu’ils ne comprennent pas, pour des intérêts qui ne les concernent pas.
Ce camouflage idéologique permet de déshumaniser l’autre, de transformer le citoyen en soldat, le soldat en outil, et l’outil en perte acceptable. Mais aucun principe ne devrait avoir plus de valeur que la vie humaine.
Les avertissements internationaux
Les instances mondiales ne cessent de sonner l’alarme. Le Forum économique mondial classe les événements climatiques extrêmes et les déplacements massifs comme les risques les plus graves pour les années à venir. Le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) met en garde contre les dérives de l’intelligence artificielle. L’ONU signale une montée des conflits armés, des régimes autoritaires, des migrations forcées.
Tous appellent à une transformation urgente :
- Repenser la gouvernance mondiale sur des bases de coopération et de transparence.
- Réorienter l’économie vers la durabilité, la justice sociale et la résilience.
- Encadrer les technologies avec des principes éthiques et des garde-fous démocratiques.
- Reconnaître l’interdépendance entre les pays comme fondement d’un monde meilleur.
Mais ces appels resteront lettre morte si le NOUS ne se lève pas. Et pour cela, il doit aller à la rencontre du JE.
Vers une prise en charge citoyenne
Ce qui s’annonce n’est pas une simple crise, mais une mutation profonde de nos repères, de nos relations, de notre manière d’habiter le monde. Nous ne pouvons plus nous contenter de réformes superficielles ni de promesses techniques. Ce qui est en jeu, c’est notre manière de percevoir la vie, de nous relier les uns aux autres, de reconnaître ce qui nous unit au-delà de nos différences.
Ce changement ne viendra pas d’un décret, ni d’un sommet international. Il viendra de nous, de notre capacité à nous reconnaître comme partie prenante de justes relations humaines. Cela viendra de notre courage à affronter les illusions, à traverser les peurs, à choisir la vérité plutôt que le confort.
Ce que nous appelons conscience universelle n’est pas une abstraction. C’est une pratique quotidienne de lucidité, de responsabilité et de solidarité et d’évolution de la conscience humaine. C’est le choix de l’innocuité, de la dignité, de l’égalité réelle. C’est le refus de réduire l’humain à une fonction, à une marchandise, à une identité figée.
Le NOUS à la rencontre du JE
Le NOUS ne peut émerger sans affronter Ce « JE » qui blesse par ses certitudes, ses structures figées, son attachement au passé. Ce « JE » qui impose, cloisonne, gouverne sans écouter. Ce « JE » qui se croit universel, alors qu’il n’est souvent qu’un écho de ses peurs.
Et pourtant, ce JE porte aussi un potentiel : Celui de se transformer, s’il est reconnu sans être flatté, interpellé sans être rejeté. Le NOUS ne doit pas l’effacer, mais le rencontrer. Non pour se soumettre, mais pour l’inviter à se dépasser.
Car si chacun affrontait son propre « JE » pour faire place à ce « NOUS » qui émerge, un monde meilleur serait à nos portes. Non par miracle, mais par l’idée d’inclure de coopérer et de partager.
La présence timide du « NOUS »
On entend le mot NOUS dans les débats télévisés, dans les tribunes, dans les éditoriaux. On parle de solidarité, de vivre-ensemble, de pacte social. Mais ces formulations restent souvent génériques, dépolitisées, désincarnées.
Le NOUS devient un mot refuge, un slogan rassurant, mais sans adresse réelle. Il n’est assez relié à des pratiques, à des structures, à des engagements concrets. Et surtout, il hésite à remettre en question les tendances du « JE » — celui qui impose, cloisonne, gouverne sans écouter.
Le NOUS ne doit pas seulement être nommé. Il doit être vécu. Il ne suffit pas d’en parler dans les médias. Il faut le porter dans les rues, dans les écoles, dans les lieux de décision. Il faut que ceux qui croient au NOUS — même s’ils se sentent impuissants — osent aller vers ceux qui ne voient pas encore la crise. Car si chaque voix semait l’idée d’un changement nécessaire, l’opinion publique deviendrait une force. Et le JE, acculé par l’évidence, serait contraint de se remettre en question.
Ce qui manque au monde, c’est conscience élargie, inclusive. Une conscience qui voit l’autre comme un partenaire, non comme un rival. Une conscience qui sait que toute réussite repose sur un tissu social — routes, écoles, soins, lois — que nous avons construit ensemble. Cette conscience ne s’impose pas. Elle se construit. Elle ne détruit pas l’ancien : elle bâtit le nouveau, et laisse l’ancien s’éteindre.
Voir le site: L’être en devenir ou pascalstdenis.com
(plus de 430 articles sur le développent évolutif de la conscience)
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Je ne prétends pas détenir de réponses définitives. Mais je crois que poser les bonnes questions, avec sincérité et ouverture, est déjà une manière d’agir. Et si ces réflexions peuvent nourrir ne serait-ce qu’un dialogue, une prise de conscience, ou un regard différent, alors elles auront rempli leur rôle.
Merci de m’accompagner dans cette démarche. Elle est citoyenne, elle est humaine, elle est universelle.