L’absence de passion, une réflexion sur le désir (article 5).

Aborder la passion sans porter une réflexion sur le désir rend l’exercice incomplet et improductif. « Une conscience troublée par les désirs ne peut se libérer ». Bouddha.

 Cette citation de Bouddha qui place le désir au centre de sa philosophie méritent notre attention, car c’est sur les désirs qui nous habitent que se construit notre monde émotionnel. Au fil de mes lectures sur le sujet, certaines approches m’ont interpellé, car elles sont le reflet de ce que nous vivons tout en transportant l’idée de l’évolution humaine.

Sur le site web de « Philisto », nous avons accès à une évaluation très intéressante du désir qui appelle instantanément à la réflexion et à la discussion. Je résume pour vous quelques propositions susceptibles de nous y conduire.

L’homme est un être de désir. Cependant, le caractère aveuglant du désir et son aspect souvent déraisonnable conduisent de nombreux sages à le condamner. Faut-il donc se méfier des désirs ? Les détruire ? Chercher à les assouvir ? Que penser du désir ? Généralement, nous affirmons désirer un objet parce que l’on en a besoin. Mais n’est-ce pas là au fond qu’un prétexte ? Est-ce vraiment le besoin qui est le moteur du désir ? En réalité non : le besoin correspond à une nécessité vitale (boire, manger, dormir, etc.. ) qui répond à l’instinct de conservation ; il est donc nécessaire. Allons un peu plus loin et observons le désir sous différents angles dont ceux du besoin, du manque et de l’objet désiré.

Désirs et besoins. Certains désirs peuvent cependant se transformer en besoins : c’est le cas par exemple du tabagisme. Si le fumeur a pris ses premières cigarettes, c’est parce qu’il le désirait, s’il continue à fumer, c’est qu’il en a besoin. Il a en effet habitué son organisme à sa dose de nicotine, et le non-assouvissement de ce besoin entraîne un état d’anxiété et de nervosité accompagné d’un sentiment de diminution. C’est pourquoi le sevrage doit être progressif : il ne s’agit plus seulement d’un désir, mais d’un besoin biologique.

Le désir comme manque. Ce qui caractérise le désir, c’est sa capacité à faire ressentir un manque : je désire ce que je n’ai pas ou ce que je n’ai plus. Ce que je possède ne fait plus l’objet d’un désir, il s’affranchit d’un autre statut, soit celui de « propriété ». Je ne peux désirer que conserver ce que je possède, car leur disparition serait ressentie comme un amoindrissement de ma personne. Par contre, est-ce le manque qui précède le désir ou est-ce le contraire ? Lequel précède l’autre ? Est-ce parce que l’être aimé me manque que je le désire ou est-ce parce que je le désire qu’il me manque ? Si l’on est tenté à première vue d’opter pour la première solution, c’est la seconde qui est correcte : c’est parce que je le désire qu’il me manque. En effet, comment expliquer que l’être aimé me manque si je ne le désire pas ? Le désir précède donc le manque.

Le désir et l’objet du désir. Le désir a tendance à magnifier son objet. Je désire moins l’objet lui-même que les qualités que je lui attribue. Le désir ignore en partie la réalité puisque nous revêtons l’objet désiré de nos propres désirs. De là vient la réputation que « l’amour est aveugle » : l’amoureux construit sa propre image de la personne aimée, et cette image ne correspond parfois pas à la réalité, d’où une éventuelle déception. Le désir ne concerne donc pas la réalité, mais une transfiguration de la réalité. Il n’est donc pas étonnant que de nombreuses sagesses (en premier lieu les religions) l’aient condamné.

L’allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860) mentionne que le désir […] est la condition préliminaire de toute jouissance. Avec la satisfaction, cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi. On ne désire que ce que l’on ne possède pas, et une fois l’objet possédé cesse le désir. On ne peut jouir de ce qu’on ne désire plus. Le désir est par conséquent décevant, il n’est au fond qu’un mirage du bonheur. Pour Schopenhauer, l’insatiabilité est une des caractéristiques du désir : « le désir satisfait fait aussitôt place à un nouveau désir ; le premier étant une déception reconnue, le second, une déception non encore reconnue ».

À suivre.

Pascal St-Denis

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s